Nous sommes quatre pour ce voyage vers
l'Autriche, Salzburg précisément.
Il y a Dédé et son 1100 Kawa ST attelé avec un panier " made in
Dédé ", et Fred avec un 1100 Goldwing attelé avec un DBS.
Jean Jacques dit " Moumousse " et moi sommes passagers. Enfin
pas définitivement pour Moumousse puisqu'il sait très bien piloter un
side et en possède un. D'ailleurs pour la petite histoire, le panier
attelé au 1100 Gold est le sien.
Quant à moi, je resterai passager, n'ayant que deux ans de permis solo
derrière moi et un instinct de vie très développé.
Il m'a été donné depuis, l'occasion de conduire un side, c'est
complètement différent de la moto tout autant que de l'auto. Cela
procure pourtant un réel plaisir. Ce n'est toutefois pas très simple
à piloter, et assez viril, à ne pas mettre entre toutes les mains.
Je ne connaissais aucun de mes
coéquipiers, ils m'ont gentiment intégré à leur groupe suite à une
annonce que j'avais passé dans " Le Monde de la Moto "
La route de Bagnols sur Céze (à coté
de Nîmes) jusqu'à la frontière Suisse s'est plutôt bien passée…
après un peu moins .
Si l'ambiance et la solidarité de
l'équipe ont toujours été au beau fixe, la mécanique et les
conditions climatiques nous rappelaient bien que nous allions au Eléphs
et non pas au club Med.
Cela a commencé en Suisse dans un col (nous n'avons pris que des routes
normales, enfin tous sauf des autoroutes, les Eléphs c'est les Eléphs)
ou pour éviter une voiture qui maîtrisait très difficilement la
conduite sur neige, Dédé n'a eu d'autres solutions que de braquer pour
finir dans un mur…de neige. De l'intérieur du panier, c'est très
rock'n roll.
Le moteur de la Kawa n'appréciait pas que la roue avant projette une
mêlasse de neige plus ou moins fondue sur le 4eme cylindre qui alors se
mettait en grève. Pour compenser ce manque de puissance, Dédé était
obligé d'ouvrir un peu plus les gaz.
Seulement voilà, dés que l'état de la route s'améliorait, la bougie
séchait et reprenait du service sans prévenir. La encore, il fallait
tout le talent et l'expérience du pilote pour contrôler cette arrivée
soudaine de puissance, synonyme de jolis travers sur neige damée.
Le premier soir, nous avons donc décidé
de dormir en Suisse mais pas à l'hôtel vu les tarifs. Sur un plan,
nous avions déniché une auberge de jeunesse. Oui mais voilà, pour
accéder à cette source de chaleur et de bien être, nous devions
prendre une petite route enneigée et très pentue. Il en fallait plus
pour décourager des durs comme nous avec nos grosses motos. Ni une ni
deux, nous avons équipé les roues arrières de nos montures de
"colliers riselants " et autre cordes. Que nenni, quand les
colliers plastiques ne cassaient pas sous la puissance de traction, ce
sont les cordes qui ne passaient plus dans les gardes-boue.
Nous conclûmes qu'aucun véhicule motorisé ne pouvait gravir cette
côte jusqu'à l'instant ou nous avons vu un autochtone s'attaquer et
réussir cette montée impossible avec un deux-roue à moteur d'une
puissance d'au moins… 1,5 CV, un cyclomoteur quoi !
Devant tant d'injustice, nous avons rebroussé chemin et sommes allés
…à l'hôtel.
Ne connaissant pas mes collègues, nous
avons passé notre soirée à nous présenter. C'est alors que j'ai
appris que Dédé avait fait des tonneaux en side-car (ce devait être
à ses débuts car durant ce voyage, sa conduite était très propre),
que Moumousse avait connu sa femme suite à une gamelle en moto et que
Fred avait eu 12 accidents en 14 mois…en moto aussi.
Aussi surprenant que cela puisse paraître, à aucun moment je n'ai eu
peur ou ressenti de l'appréhension . J'ai même pris beaucoup de
plaisir lorsque je suis monté avec Fred et qu'il a décidé lors d'une
descente de col, de prendre tous les virages enneigés en
contre-braquage . Un grand moment !
La Kawa, une fois résolu le problème de
projection d'eau, a tourné comme un charme. On ne peux pas en dire
autant de la Gold qui parfois sans raison apparente ratatouillait au
point de s'arrêter. Il s'agissait en fait d'une simple panne d'allumage
due à l'humidité qui se créait entre la sortie de la bobine
d'allumage et le fil de bougie. L'humidité alliée au sel de la route
ont contrarié la bonne marche de la Gold une bonne partie du trajet.
.
Après avoir traversé des paysages plus sublimes les uns que les autres,
nous sommes enfin arrivé de nuit sur le lieu du mythe : le Salzburgring.
Nous avons planté…de nuit, une tente d'au moins 7 ou 8 places. Sur le
circuit, les températures n'ont pas été extrêmes puisqu'il a
énormément neigé. On n'a pas sué non plus !!!
Le samedi matin, après avoir fait fondre de la neige pour le petit
déjeuner, nous sommes allés faire le tour du circuit. Incroyable le
nombre de Géo Trouvetou qui ont modifié leurs bécanes pour pouvoir
affronter les conditions climatiques. Des ski fixés sous les
repose-pieds, et même des motos jumelées.
Une profusion incroyable de 250MZ attelées, quelques inepties comme
cette 750 GSXR-R (modèle racing, embrayage à sec) avec des pneus
enduro…
Toutes les cylindrées étaient représentées, du scooter à la 1340
HARLEY.
Je ne me souviens plus si c'était cette année là, mais nous avons
même rencontré deux français qui bien que possédant des motos,
étaient venus de Bordeaux…en mobylette. Chapeau !
Les motards sont aussi des artistes, au vu du nombre de sculptures sur
neige. Cela va de l'éléphant au moteur de GUZZI, génial.
Le soir, superbe défilé au flambeaux sur le circuit, impressionnant et
émouvant.
Le dimanche matin il faut penser au
retour et c'est sous la neige que nous avons tout remballé.
L'après-midi, nous avons été obligés
de nous arrêter dans une station- service Autrichienne pour
téléphoner à Europe Assistance, la Gold ne voulant plus rien savoir.
Devant notre désarroi, le pompiste nous a conseillé d' essayer malgré
tout de trouver la panne, et pour cela a ouvert son atelier en nous
autorisant à nous servir de tous les outils dont nous avions besoin.
Après que nous ayons réussi à faire chanter la Gold (bobines
d'allumages rendues étanches avec des sacs poubelles), il nous a même
offert le café et les gâteaux ! Dans la conversation qui s'en suivit,
il nous a déclaré que les françaises étaient les meilleures en amour
! C'est p'être pas faux ???
Devant tant de gentillesse, ne voulant pas de nos pour-boire, nous lui
avons laissé notre bouteille de Calvados (du vrai à 60°).
En ayant assez des deux nuits passées
sous la tente et du froid accumulé sur la route, le soir nous dormions
dans des chambres d'hôtes (zimmer), qui sont très propres et parfois superbement décorées. Là encore
nous avons étés bluffés par la gentillesse des propriétaires, qui
malgré nos accoutrements un peu crades (la neige, la boue et le sel,
ça ne fait pas des miracles), n'hésitaient pas à enlever leurs
propres affaires pour mettre les nôtres à sécher.
Le retour s'est fait tranquillement …jusqu'à
la frontière Suisse ou les deux sides ont passé la douane cul à cul
(même un peu plus…) pour éviter que les pandores ne voient le pneu
avant du Kawa très proche d'un slick.
C'est seulement en France, quelques kilomètres après la frontière que
le Kawa a refusé de continuer, sortie de boite HS.
Seule et unique solution, Europe Assistance, et cette fois-ci on n'y
échappera pas. Nous avons donc rempli le side de Fred avec le maximum
d'affaires et il est rentré seul et d'une traite jusqu'à Bagnol sur
Céze .
Quand à nous trois, après nous être fait traité de fous par un
automobiliste parce que nous roulions en side en hiver (mais comment lui
expliquer), nous n'avions plus que le train comme moyen de locomotion.
Oui mais voilà, la gare la plus proche se trouvait…en Suisse. Nous
sommes donc repassés par la douane en taxi avec les contrôles qui
s'imposent, et une fois dans le train, re-contrôles au franchissement
de la frontière vers la France.
Ce que je retiendrai de ces " Éléphants ", outre la beauté
des paysages, c'est l'amitié et la solidarité de toute l'équipe ,
même (et surtout) dans les moments difficiles.
B.Donati
Site allemand : http://www.alteselefantentreffen.de/