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STEVE BAKER
Interview de
Steve Baker par Jacques Bussillet (2009)
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Le
week-end du des 7 et 8 juin 1975, j'étais sur le circuit
Paul Ricard, pour le premier Moto Journal de l'histoire.
Avec mes amis, comme à chaque fois où nous descendions au
Castelet, nous plantions nos tentes au bord du circuit,
juste sous la bute qui dominait notre virage fétiche, le
"double droit du Beausset". Lors des essais nous
avons été surpris par la performance d'un pilote que peu
de monde connaissait, aussi nous nous sommes précipités
dans le paddock pour voir de près ce nouveau phénomène
qui avait réussit à réaliser la pole devant le gratin de
la vitesse mondiale de l'époque ... Après un moment
d'attente derrière le grillage, nous avons aperçu un
pilote en combinaison rouge et blanche ... ce n'était pas
possible que ce petit jeune homme aux lunettes, qui
ressemblait plus à un instituteur qu'à une bête de
course, ait pu faire trembler, les Ago, Cecotto, Duhamel,
Pons, Palomo ... Nous avons demandé un autographe à ce
pilote timide et j'ai gardé en mémoire ce visage souriant
qui paraissait presque s'excuser d'être là et d'avoir
focalisé tant de monde sur sa petite personne. Je
n'oublierai jamais également ses premiers tours de folie,
où il avait "largué" tous les favoris de la
course et même le roi Ago, en deuxième position, loin
derrière Steve ne pouvait rien faire. Et il y a eu cette
chute. Nous étions aux premières loges, dans le difficile
"double droit du Beausset" Steve perd le contrôle
de sa Yamaha et glisse longuement en se tenant au guidon. Il
se relève indemne sous les applaudissements du public ...
Steve Baker venait de conquérir le coeur des Français.
Quand,
en Septembre 2009, Jacques Bussillet a réalisé pour BIKE
70 un interview de Steve lors des "60 ans du Club Continental Circus",
j'ai saisi l'occasion pour mettre ce pilote en avant.
Merci à Jacques pour cet interview, sa traduction et pour
m'avoir autorisé à publier l'article qu'il avait fait sur
Steve Baker dans Moto Légende. Merci à mon complice et
ami Jean Claude Jacq; qui a filmé cet interview et sans qui
rien n'aurait été possible ... Francis |
Dans
l'ombre du King (Par
Jacques Bussillet - photos Manfred Mothes)
Steve
Baker - Né le à Bellingham (Etat de Washington) le 5/9/1952 - Vainqueur à Daytona (1976), Imola (1977/80), MJ 200 (1977) Champion
du monde de Formule 750 en 1977 Vice-champion du monde 500 en 1978
Le
talent est indispensable à tout bon pilote, mais il ne suffit pas
à faire un grand champion. Il faut aussi de l'ambition. Steve
Baker, héros des années 70, est passé de la lumière à l'oubli
aussi vite qu'il a négocié les grandes courbes d'Imola ou
d'ailleurs.
En
lisant l'article sur les courses de 200 Miles, publié dans le
dernier Moto Légende, le red' chef m'a interrogé : mais qui est ce
Steve Baker ? Il semble qu'il ait fait jeu égal avec les meilleurs
pilotes du monde, mais on n'entend jamais parler de lui ! J'ai
failli répondre : " A l'époque où il courait et gagnait,
c'était déjà comme ça ! "
Steve Baker est un Américain de
la côte nord-ouest, autant dire le bout du monde, qui est arrivé
un beau jour sur le circuit Paul Ricard et a sidéré tout le monde
par son attaque et sa classe, jusqu'à ce qu'il se prenne une
gamelle spectaculaire, immortalisée par l'objectif de François
Beau. Moto Journal en avait fait sa double page centrale, et, du
jour au lendemain, tous les fans de vitesse ont eu envie de voir ou
revoir ce petit homme à lunettes, aussi effacé dans le paddock que
spectaculaire en piste.
De lui, on ne savait rien du tout. Faux
canadien Quand on demande à Kenny Roberts quelle est sa photo
préférée, il désigne sans hésiter une image qui a fait la une
de Moto Journal après les 200 Miles d'Imola en 1977. On le voit
plein angle devant Steve Baker dans la courbe du Tamburello. Quand
je lui ai demandé ce qu'elle avait de spécial, il m'a répondu en
rigolant : " Avoir Steve Baker aux fesses à cet endroit-là,
à cette vitesse-là, avec cet angle-là, c'est extrêmement
spécial ! " Rarement King Kenny aura fait un tel compliment à
un autre pilote, le jaugeant à l'aune de ses propres capacités.
Steve Baker était un pilote exceptionnel dans les grandes courbes,
ce qui n'est pas (ou n'était pas) courant pour un coureur nord
américain à l'époque. A ce propos, il convient de préciser que
tout au long de sa carrière, Baker a entretenu une équivoque,
laissant entendre qu'il était canadien, parce qu'il était le
pilote de Yamaha Canada. En fait, il est né à Bellingham, état de
Washington, tout près de la frontière du Canada. Son père l'avait
initié très jeune à la moto et, las de devoir sans cesse
l'emmener derrière lui, avait acheté un 80 Yamaha à son fiston.
Lequel s'empressa de le coursifier et d'aller faire son
apprentissage de la compétition sur une piste de dirt-track
voisine, où s'entraînaient des champions locaux. " Quand je
me suis aperçu que j'étais plus rapide qu'eux, j'ai eu envie de
courir pour de bon ", se souvient-il.
Commence alors en 1969 un
cycle classique pour un champion en herbe, Baker écume les courses
locales de dirt-track en 100 et 250 cm3 autour de Portland et
Tacoma. Ses résultats lui valent de recevoir l'aide d'un
concessionnaire Yamaha pour une catégorie, et d'un représentant
Suzuki pour l'autre. Noviciat mouvementé Il est promu novice pour
la saison 70, n'allant jamais bien loin, sauf une fois. Avec un
copain, ils descendent jusqu'en Californie pour se frotter aux
champions locaux du half-mile et du TT steeple-chase (avec des
sauts) à Ascott. Cette année-là, courant jusqu'à trois fois par
semaine, il établit le record de points en dirt-track pour un
novice en catégorie 250. " C'était pas très difficile
d'engranger des points, vu que je courais beaucoup " dit-il
lors d'une interview. Cette façon de ne pas se vanter est bien dans
son caractère, simple et effacé. N'empêche qu'en 1971, lorsque
lui vient l'envie de s'essayer à la vitesse, il le fait savoir à
Fred Deeley, gros concessionnaire Yamaha de Vancouver, la ville
canadienne jumelle de Portland. Le sponsor est d'autant plus
intéressé que son pilote fétiche, Yvon Duhamel, vient de le
quitter pour passer chez Kawasaki. Chez Fred Deeley, l'homme qui est
chargé de suivre l'activité en compétition est un certain Bob
Work. Un passionné mais surtout un homme compétent. Entre lui et
Steve Baker, le courant passe tout de suite. Bob Work va se donner
à fond pour son pilote, devenant à la fois son mentor, son manager
et le préparateur de ses machines.
Leur association va les mener
loin. Mais il faut tout de même un peu de temps. En 1971, après
s'être classé second dans la course des novices à Daytona, Steve
est vice champion du Canada en 250 et 350 cm3 ; l'année suivante il
rafle les deux titres. " Passer à la vitesse m'arrangeait
bien, car je ne me sentais pas très à l'aise sur les grosses 750
de dirt-track utilisées pour le mile. J'ai tout de suite aimé les
petites Yamaha de vitesse. En 72, j'ai rencontré des tas de gens
sur les circuits aux Etats-Unis, dont Kel Carruthers qui m'a montré
quelques trajectoires. J'ai fini deuxième derrière lui à
Talladega en 73, un bon souvenir. Mais après ça, j'ai commencé à
m'y croire, et la leçon a été dure. A Talladega, l'année
suivante, je me suis cassé les deux jambes et j'ai perdu une
moitié de saison. "
Retour à Daytona
Le grand retour a lieu
à Daytona début 75, où Steve finit deuxième derrière Gene
Romero. Une course qu'il avait abordée avec prudence, compte tenu
de ses blessures qui l'avaient handicapé six mois plus tôt, mais
aussi de la Yamaha 750 TZ qui n'était pas facile à emmener :
" Cette moto ne tenait pas très bien la route, un problème de
pneus à mon avis. On utilisait encore des jantes beaucoup trop
étroites et on avait tous des soucis pour accorder pneu avant et
pneu arrière. Je me souviens de guidonnages terrifiants, surtout
sur les circuits canadiens qui n'étaient pas très sûrs. Les
choses se sont améliorées avec la suspension cantilever. Mais
enfin, c'est avec cette moto que je me suis fait connaître pour de
bon. "
Effectivement, la démonstration du numéro 32 à
Daytona sur sa moto rouge et noire n'est pas passée inaperçue : le
jeune champion est invité aux 200 Miles d'Imola, où il finit
troisième au terme d'une longue bagarre avec Patrick Pons, puis au
circuit Paul Ricard pour le Moto Journal 200. Là, pour sa première
apparition sur le tracé français, réputé technique et difficile,
il signe le meilleur temps des essais et bat le record de la piste
devant tout le gratin mondial : Agostini, Duhamel, Cecotto, Pons
entre autres. En course, il effectue douze tours en tête avant sa
glissade spectaculaire, où ses réflexes acquis en dirt-track
surprennent les observateurs. Jusqu'au dernier moment, Steve cherche
à contrôler la glisse de sa moto et garde les mains fermement
accrochées au guidon. Héros malchanceux, il repart du Castellet
avec les honneurs même si, cette saison-là, un autre débutant
tiendra la vedette, un certain Johnny Cecotto.
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L-R
Phil McDonald, Steve McLaughlin, Dave Aldana, Gene Romero,
Kenny Roberts, Steve Baker, Randy Cleek, Don Castro, Pat Hennen.
Interview de
Steve Baker par Jacques Bussillet (2009)
En 1976, au guidon de
la nouvelle TZ 750 d'usine, la fameuse OW31, Steve se concentre sur
les championnats canadiens et américains, à la demande de son
sponsor, où il remporte une série de victoires impressionnantes, y
compris un doublé 250-750 à Laguna Seca. Son regret, c'est d'avoir
cassé à Daytona, parce que les mécaniciens japonais ont demandé
à son préparateur Bob Work, contre son gré, de modifier le joint
d'embase des cylindres. Il revient aussi courir en Europe, où il
accumule les succès, à commencer par les 200 Miles d'Imola. Puis
en Angleterre, il remporte quatre courses lors du match
anglo-américain, deux à Brands Hatch et deux à Oulton Park, plus
la course de l'année à Mallory Park, ce qui donne une idée de son
éclectisme, car tous ces circuits sont très différents. Il
remporte aussi la manche du championnat de F750 sur le circuit de
San Carlos au Vénézuéla, mais cette victoire ne lui procure
guère de satisfaction. En effet, il s'impose devant la Kawasaki de
Gary Nixon, au terme d'une course faussée par des erreurs de
chronométrage. Nixon affirma avoir gagné, puis une polémique fit
rage, laissant entendre que les chronométreurs avaient favorisé la
victoire d'une Yamaha. " Toute cette histoire et ces soupçons
m'avaient agacé. Je me souviens d'une course très dure, à cause
de la chaleur et du mauvais état de la piste. J'avais fini
épuisé, et il y avait eu toutes ces polémiques dans lesquelles je
n'étais pour rien. Sauf que j'avais gagné la course. "
Il est
vrai que, contrairement à Nixon, Baker ne s'intéressait pas au
championnat de Formule 750, ce qui avait fait monter les enjeux.
Déçu par les Grands Prix En 1977, Stevie est au top de sa forme :
au guidon de son OW31, il a prévu de disputer tout le championnat
de Formule 750. Après une brillante victoire à Daytona, il
s'incline d'une roue derrière Kenny Roberts à Imola. Puis il
enchaîne les succès : premier à Jarama, Brands Hatch, Salzbourg,
Zolder. Avec cinq victoires et cinq places sur le podium en dix
courses, il remporte haut la main le titre, avec 131 points contre
55 à Christian Sarron, son dauphin. Stevie a littéralement
assommé toute opposition dans la catégorie, il est le premier
pilote américain à remporter un titre sanctionné par la FIM et
pourtant, sa gloire reste discrète.

photo Manfred Mothes -
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A ces brillants résultats, il
manque une autre consécration, une victoire en Grand Prix. Car
Yamaha lui a demandé de venir courir en 500 aux cotés de Johnny
Cecotto et Giacomo Agostini. Si les choses se passent bien avec la
750, il en va autrement avec la 500 de Grand Prix. Elle n'est pas
très compétitive face aux Suzuki de Sheene et Hennen. Yamaha fait
des expérimentations incessantes, comme les valves rotatives à
l'échappement, et pourtant Baker se montre de loin le meilleur des
pilotes de la marque. Avec huit résultats sur onze courses, dont
trois deuxièmes et trois troisièmes places, il termine le
championnat derrière Barry Sheene, avec une confortable avance sur
le troisième, Pat Hennen. Cecotto et Agostini sont distancés. Sur
l'ensemble de la saison 77, si l'on fait les comptes, Steve Baker
est de loin le meilleur pilote du monde en grosses cylindrées. Mais
sa discrétion ne l'aide guère. Entre un Agostini auréolé de tous
ses titres mondiaux, et un Barry Sheene dont le sens du spectacle
décuple la renommée, Steve Baker est inexistant, ou presque. Cette
injustice va le poursuivre dans l'hiver qui suit : brutalement,
Yamaha lui annonce qu'il n'est pas question pour lui de reconduire
la 500 en Grand Prix, et que, pour la saison 78 il doit se contenter
de courir en Amérique du Nord. En fait, l'arrivée de Kenny Roberts
est annoncée et l'usine Yamaha, qui a décidé d'engager aussi
Cecotto et Katayama en Grands Prix, n'a plus besoin de Baker. Le
procédé est pour le moins inélégant, quand on sait combien il
s'est battu pour finir autant de courses avec la 500 de 77. Une fois
au point, la machine lui est retirée. Un peu amer, on le comprend,
il rompt avec Yamaha et, par l'entremise de Barry Sheene, obtient un
guidon sur la Suzuki du team Gallina italien. Mais sa machine, un
modèle 77, n'est pas très compétitive et il doit se contenter de
maigres résultats. Il finit le championnat en septième position,
juste derrière Pat Hennen. En fin de saison, lors d'une course sur
le circuit de Mosport, près de Toronto, il chute lourdement, se
recassant une jambe et un bras. Déçu de sa saison en Europe,
inquiet de sa santé car sa fracture est mauvaise, il décide alors
d'abandonner la compétition. " Sur le coup, j'étais un peu
amer " confessera-t-il plus tard. " J'aurais bien aimé
refaire quelques saisons de Grands Prix 500 avec une bonne machine.
Pour des raisons politiques, cela ne s'est pas fait. C'est dommage.
" Ce qui est dommage surtout, c'est de ne pas l'avoir vu en 78
et 79 en arbitre du duel Roberts/Sheene en 500, car, à ce
moment-là, Steve faisait largement jeu égal avec ces deux hommes.
Qui sait s'il n'aurait pas été en mesure de remporter le titre
suprême.
Interview de
Steve Baker par Jacques Bussillet (2009)
Une fois remis de ses blessures, Baker a ouvert une
concession Yamaha à Bellingham, sa ville natale. Pendant vingt ans,
sans se soucier des anciennes gloires qu'il avait côtoyées, et
souvent battues sur la piste, il a mené son affaire et vécu
tranquillement, sans chercher à se faire mousser. Tout juste si ses
clients savaient à quel grand champion ils rendaient visite. En
2005, Steve Baker a vendu son magasin pour prendre une retraite bien
méritée. Invité au Grand Prix de Laguna Seca puis aux Bikers
Classic à Spa l'an dernier, il a fait sa réapparition avec
toujours le même petit sourire aux lèvres, heureux d'être là
mais discret comme à son habitude. A l'orgueil d'un Roberts, ou le
charisme d'un Sheene, il opposait humour et gentillesse. Pas
suffisant pour devenir un mythe !

http://www.bikersclassics.be/index.php/Bikers-Classics/Galeries/2009

photo Manfred Mothes -
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L'ami
Bob
Pendant toute la carrière de Steve Baker chez Yamaha Canada, la
silhouette trapue de Bob Work s'est profilée derrière celle, bien
plus frêle, de son pilote. Ancien coureur lui-même, sur BSA
Goldstar et Manx Norton, Bob Work est naturellement devenu le
manager de l'écurie de Fred Deeley, gros concessionnaire de
Vancouver, qui avait des relations très étroites avec l'usine
Yamaha. Pendant quatre ans, Bob Work a préparé des Yamaha pour
Yvon Duhamel puis il s'est mis au service de Baker : " Ce que
j'ai remarqué tout de suite chez Stevie, c'est son éclectisme. En
dirt-track comme en vitesse, il peut changer de moto et de
cylindrée sans problèmes. "Bob Work a soutenu son poulain, y
compris face aux mécaniciens de l'usine Yamaha qui ne lui ont pas
fait la partie belle sur la 500 en 77. " Si j'avais préparé
seul sa moto, je suis sûr qu'il aurait gagné des Grands Prix
" m'avait-il confié à l'époque. C'est Bob qui m'avait vendu
la mèche sur le secret des Yamaha, les fameuses valves rotatives à
l'échappement expérimentées en 1977. Son regret ? " Pendant
toutes ces années, je me suis battu pour amener Steve en Europe.Ni
Yamaha Canada ni l'usine ne nous ont aidé autrement qu'en
fournissant les motos. J'aurais aimé trouver le financement pour
faire courir Steve en GP 250 à côté des 750 et des 500 : en 77 et
78, je suis sûr qu'il aurait pu remporter le titre mondial dans
chacune de ces catégories. "

De
Gauche à droite : Trev Deeley, Yvon DuHamel, Bob Work,
Dave Sauerberg, Reg McKay, ?, ?, Geoff Kellond, Pete Kellond, Jim
Dunn, ?
Interview
de Steve Baker par Jacques Bussillet (2009)
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